Textes

Du bordel sous les tropiques
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Elle chialait en regardant le ciel, elle chialait, y’avait rien d’tel.

Un pur concentré de larmes de plaisir coulait le long de ses joues, les nuages qui filaient hauts la poussaient dans le velours. Je vous l’avoue, j’étais presque jaloux.

Une note de bonheur en somme! Elle, haute comme trois tomes.
C’était une enveloppée lyrique, un recueil de croches filantes à elle seule cette gamine. Le rock elle l’avait dans le sang… quand il fait beau, ça s’mélange aux songes et c’est marrant.

Des couleurs, presque plus que ça dans la masse informe de ses pensées; moi, assis à côté je sirotais des mots-musique comme on troue les pages d’une revue pré-machée. En rythme !

Le ciel était un tapis roulant inversé, un mate-la sans queue ni tête, tout parfumé. Du rose pétant auquel la vulgarité se mariait étrangement avec des cumulo-jaunes-indigos, tout ce joli monde circulait sur nos têtes et la pelouse bleue en bas nous servait de transport en commun.

On flottait avec la vapeur, on se diluait dans la portée, toute tentative de pesanteur était aussi veine que d’essayer d’attraper l’eau qui coule avec la main. Tout bougeait, elle et moi, le monde, les arbres aux têtes évaporées. Tout était perpétuelle dilution dans la danse. La colline-accordéon se refermait. Sur nous, l’ondulation des herbes et la senteur de l’été.

La terre nous recrachait un peu plus loin, on rebondissait sur les anges ! La musique aussi, toute en finesse, en contre temps, le violon, pas trop juste un poil de violet, un xylo-feutre nous coloriait les paumes. Et rien d’autre ! En boucle, en rythme, crescendo, enveloppée, adéquation des âmes, c’était ça.

Bien content d’être paumés on chialait nos tripes, et c’était bon.

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Où allez vous Mr Duyk ?! Vous semblez bien pressé.
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À peine sorti de l’usine vous galopez déjà vers votre tanière. De quel crime s’agit-il ? Quel pêché vous ronge, vous pousse à fuir ainsi ?

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La journée passée à déboulonner c’est ce vice qui vous tiraille, il faut que ça jaillisse que ça sorte de vos tripes asservies, un besoin d’expulsion, d’exaction. Mais vous êtes une boule, Mr Duyk; une boule de frustration!

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Comme c’est triste chez vous, ici tout est de suie, ça ressemble étrangement aux parrois d’un cerveau malade, ça goutte pas mal d’ailleurs. Ailleurs ça suinte, ça broie du noir en dedans.

Vous dites il n’y a pas le choix? Avez vous lu Sartre Mr Duyk ?

Il y a toujours le choix.

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Ce n’est pas le chemin.

Le bar qu’on aperçois là bas, toutes les économies y passent dans cette boite à choses sures , où l’on prend son pied comme un drogué sa dose, et cette fille qui va danser pour vous ce soir, se dévêtir, dévoiler ce qui lui reste de dignité. Allez vous l’anéantir elle aussi, comme vous tuez votre propre vie?

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La pauvre est déjà loin, brassée comme un drap noir au vent.

Ici, précisément, c’est vous qui soufflez, boursouflé. Mais rien avance, tout est sur-place et grossier. En face de vous, chaque geste se voulant sensuel est prédigéré, le spectacle se mord la queue, la vôtre ne se dresse plus guère que par habitude. Et cette sueur acide qui ressemble curieusement à la rouille de vos machines, dégoulinantes: la pendaison boursière.

Ce petit sentiment de puissance récupéré vous excite tout de même un peu Mr Duyk. C’est bien normal, il ne vous reste rien. Où plus que ça.

Cette vie ou vous mourrez régulièrement comme un rat enragé courant sur un rouage ne vous satisfait pas plus au fond qu’elle ne vous déprime. Vous l’achetez, la perdez puis la rachetez à nouveau, vous êtes la bête informe, vague produit du libéralisme, à la dérive…

Sans honte sincère ni bonheur intense, une régularité de métronome et l’assurance d’une grotte où l’on s’entête à s’enterrer.

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Bien à vous, Mr Duyk.

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